Ils disent  « NON ! »  au gaz de schiste

Dernière mise à jour le 15 janvier 2017

Ils ont aussi des arguments et ils sont aussi des scientifiques, des économistes et des politiques.

• Les arguments économiques
Une rentabilité discutable
Revenus financiers : inégalité de traitement
Créations d'emplois... bolf !
Le gaz non exploité n'est pas perdu !
• Les arguments environnementaux
Le gaz de schiste : un gaz ausi noir que le charbon !
Une technologie infaillible ? des puits étanches... pour combien de temps ?
Des quantités d'eau exhorbitantes
Coktail surprise et multitoxique
Un chantier bruyant, lumineux et irrespirable 24h/24h
Risques sismiques à court et à long terme
Occupation du sol et impact sur le paysage
• Les arguments politiques


Les arguments économiques

Une rentabilité discutable

Le miracle économique engendré par le gaz de schiste aux Etats Unis sera probablement terni lorsque son impact sur l’environnement et sur la santé sera véritablement connu. Cette analyse demandera plusieurs années et restera probablement incomplète. Les conditions dans lesquelles cette exploitation (législation, fiscalité, équipement) a eu lieu ne se retrouveront pas en Europe : les coûts de production y seront beaucoup plus élevés.
Cette technique est coûteuse en énergie, en traitement de déchets nombreux et toxiques ; elle est porteuse de risque de pollution majeure (eau, terre, air) et de risques sismiques à moyen et long terme ; elle exige des investissements importants et répétés pour maintenir la production (un puits s’épuise pratiquement au bout de 3 ans).
Le gaz de schiste est plus sale, plus toxique et plus corrosif  que le gaz conventionnel. Son traitement à la sortie est donc plus complexe et plus coûteux.
La surproduction du gaz aux USA a provoqué une baisse de prix du gaz telle qu’actuellement on enregistre des faillites et que les compagnies se concentrent sur l’exploitation du pétrole qui reste rentable. Le gaz naturel lié est brûlé à la sortie du puits !
Le rêve d’un gaz naturel pas cher est un leurre.


Revenus financiers : inégalité de traitement

Les compagnies pétrolières en réalisant à leurs risques l’exploration des sous-sols, s’assurent cependant le contrôle des informations sur ce qu’elles trouvent. Elles ont une meilleure position pour définir les conditions d’exploitation et s’assurer des bénéfices substantiels. Pendant  l’exploitation ce sont elles qui dirigent les travaux et en assurent la sécurité. Les états n’ont pas les compétences ni la technologie qui leur permettent d’assurer une véritable surveillance. Lorsque le puits est bouché en fin d’exploitation et qu’aucune pollution n’a pu être détectée auparavant, la compagnie est libérée de toute responsabilité. L’étanchéité du puits ne peut pourtant être éternelle…
Les royalties et impôts touchés ne suffiront pas pour compenser les coûts d’une pollution majeure.
Les propriétaires fonciers et immobiliers des régions concernées verront quant à eux leurs terrains et leurs
Immeubles perdre de la valeur (nuisances diverses, risques de pollution, pollutions).


Création d’emplois… bof !

En fait peu d’emplois directs ont été générés par les hydrocarbures non conventionels (600'000 emplois pour 500'000 puits fracturés aux USA depuis 2005, soit un peu plus d’un emploi par puits…) : la main d’œuvre utile concerne la mise en route des puits, pour maintenir l’emploi initial, il faut constamment ouvrir de nouveaux puits.
Si certaines nouvelles activités industrielles peuvent se développer parallèlement, d’autres telles que le tourisme et l’agriculture peuvent être gravement impactées.
La recherche et le développement des énergies renouvelables et des économies d’énergie  seront beaucoup plus porteurs d’emplois.


Le gaz non exploité n’est pas perdu !

La demande en énergie est grandissante, gaz et pétrole ne peuvent pas perdre de valeur. Le gaz non exploité gagne en valeur et peut être transmis aux générations futures ; il pourra peut-être bénéficier de nouvelles technologies d’exploitation…
Pour en savoir plus :
Le mirage du gaz de schiste, de Thomas Porcher, Ed. Max milo, 2013, 63 pages
Thomas Porcher est docteur en économie, professeur en marché des matières premières à l’ESG-MS et chargé de cours en économie internationale à l’Université Paris-Descartes.


Les arguments environnementaux

Le gaz de schiste : un gaz aussi noir que le charbon !

Le gaz naturel, lorsqu’il est brûlé, produit beaucoup moins de C02 que le charbon. Mais, composé essentiellement de méthane, le gaz naturel, lorsqu’il est libéré tel quel dans l’atmosphère (comme dans les fuites), est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2 (25 fois plus).
Les fuites de méthane sont estimées à 9% sur l’ensemble du processus d’extraction du gaz de schiste. Ce processus est en plus très énergivore (compresseurs, camions fonctionnant au diesel). Plusieurs études ont ainsi conclu que, si l’on fait son bilan énergétique global,  le gaz de schiste émet plus de gaz à effet de serre que le charbon (Le Monde, 2013).
Le méthane, principal composant du gaz naturel, est lui-même, explosif,  toxique dans l’eau en forte concentration et asphyxiant en atmosphère confinée.

Sciences et Avenir, en avril 2016, dénonce l'importance des pertes de méthane et d'éthane aux USA mise en évidence : Les émissions de méthane des Etats-Unis s'envolent.


Une technologie infaillible ? Des puits étanches… pour combien de temps ?

Les compagnies pétrogazières assurent maîtriser désormais la totalité du processus de fracturation. L’ensemble du processus est cependant long et complexe : forage, étanchéification du puits, fracturation, récupération, stockage, transport et traitement du fluide de fracturation, exploitation, traitement et transport du gaz, surveillance et entretien de l’installation après la fermeture du puits… toutes ces étapes offrent de nombreuses occasions d’incidents, d’accidents et, on ne peut pas ne pas l’envisager d’éventuelles malveillances.

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Explosion de puits en Louisiane en 2010, source : Assumption Parish Sheriff'Office.
Pollution de l'air, des sols et des cultures.
Boues de forage et pétrole laissés en pleine jungle par Texaco, source : Wikipedia


L’association américaine Earth Justice a recensé l’ensemble des « fraccidents » aux USA. Elle propose cette information sous forme de carte interactive commentée (en anglais).
Plus près de nous, en Suisse, lors du forage d’exploration de Noville (la plate-forme la plus moderne d’Europe) en 2010, un train de tiges s’est coincé en profondeur ; il a fallu déclencher deux charges d’explosifs pour pouvoir le retirer. Pour ce même chantier, la gestion du traitement des boues de forage (et le volume est pourtant beaucoup moins important que celui du fluide de fracturation) ne s’est pas réalisée sans bugs… (écouter pour s’en convaincre Prise-de-terre, janvier 2012)

L’affirmation selon laquelle les remontées dans les nappes phréatiques de méthane ou de fluide de fracturation sont impossibles  (le puits étant parfaitement étanche et les fracturations ayant lieu beaucoup plus profondément) sont cependant infirmées par de récentes études sur le gisement de Marcellus démontrant la contamination des puits d’eau potable par du méthane et du propane lorsqu’ils se trouvent à proximité d’une zone de forage (voir aussi la vidéo « Le ciel est rose »).

Une nouvelle étude dans le courant de l'été 2013 sur 141 puits arrive au même type de résultat.
Le système des failles existantes dans le sous-sol ne peut être réellement connu. Ces failles peuvent tout à fait permettre des communications entre des niveaux géologiques différents, elles peuvent être transformées si elles entrent en contact avec les zones de fracturations.
A plus long terme, on doit réfléchir au vieillissement du puits bouché par plusieurs mètres de béton. Le réservoir de roches fracturées en sous-sol ne livre pendant l’exploitation que 20% du gaz qu’il contient. La migration du solde sera évidemment accélérée par rapport à une migration naturelle et empruntera le puits existant. Comment résistera-t-il à long terme à une telle pression ? Une pression qui peut aussi entraîner les fluides de fracturation restés dans le sous-sol (jusqu’à 90%).

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262 puits forés en jan-fev 2012
19 puits défaillants (7,2%)
   
Diapositives extraites de "Le ciel est rose" de Josh Fox


Pour développer ce thème, lire absolument les « Réponses à 9 questions techniques » de Marc Durand, géologue canadien.

Lire aussi notre page Etanchéité des puits.


Des quantités d’eau exorbitantes

Bien que relativisée par la consommation d’eau nécessaire aux lavages des voitures ou à l’entretien des golfs…, la quantité d’eau utilisée par la fracturation hydraulique est cependant considérable. Les conséquences sont particulièrement graves en période de sécheresse (visionner la video) et dans les régions désertiques (en Chine, en Afrique du Nord et en Afrique du Sud, par exemple). En Pennsylvanie plusieurs nappes phréatiques ont été ainsi asséchées. Certaines régions des Etats-Unis, auparavant prospères, sont désormais vouées à la désertification.
Les recherches développant de nouvelles technologies de fracturation sans eau (propane, CO2, arc électrique) sont encore balbutiantes et pour les pessimistes elles sont même non concluantes.
La réutilisation de l’eau usagée pour d’autres fracturations est limitée à la quantité d’eau récupérée (en moyenne la moitié) et exige d’être chaque fois nettoyée.
L’utilisation d’eaux saumâtres présentes dans le sous-sol profond demande aussi un traitement préalable.
L’économie de l’eau est donc, en l’état actuel des connaissances, très relative et coûteuse.


Coktail surprise et multitoxique !

Le fluide de fracturation qui revient en surface est chargé de nombreuses substances toxiques qui varient selon le mélange d’additifs utilisé au départ et selon les caractéristiques propres du sous-sol. On a identifié des substances cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques, neurotoxiques, hématotoxiques, asphyxiantes…. Le fluide peut de surcroît s’être chargé d’éléments radioactifs présents dans le sous-sol.
Il est difficile d’évaluer précisément l’ensemble de tous ces dangers : les compagnies gazières gardent le secret sur les proportions et les quantités utilisées, de plus, les interactions possibles entre les additifs et  les éléments du sous-sol restent imprévisibles.
Ce fluide peut générer une pollution de l’air (fuites, évaporations depuis les bassins de décantation), des sols et de l’eau (épandage accidentel ou volontaire, enfouissement dans le sous-sol, porosité du puits, …).
Disponible en ligne, un rapport sur ce thème réalisé par André Picot, toxico-chimiste, directeur de recherche honoraire au CNRS, donne une information complète et récente à tous ceux qui souhaitent en savoir plus.


Un chantier bruyant, lumineux et irrespirable 24h/24h

L’aménagement de la plateforme de forage et des accès, le forage, les fracturations puis la mise en route de l’exploitation  entraînent de nombreuses nuisances et dangers pour les travailleurs et pour le voisinage. Le bruit persistant des camions, des génératrices et des compresseurs, la pollution de l’air liée à leur fonctionnement au diesel, l’éclairage du site pendant la nuit assurent un quotidien pénible. Les risques d’accidents ne peuvent pas être écartés : incendie, explosions, fuites, déversements de produits toxiques et radioactifs.
Cette période de nuisances aigües et inévitables dure 3 à 5 semaines pour un puits et 1 à 2 ans s’il y a plusieurs puits.


Risques sismisques à court et à long terme

Selon le magazine Science, les Etats Unis ont enregistré depuis 2010 plus de 300 séismes (donc en 3 ans), alors qu’entre 1967 et 2000, la moyenne annuelle était de 21.
Un chercheur de l’Université de Columbia lie cette importante augmentation à la multiplication des exploitations avec fracturation hydraulique.  Ces événements sismiques de faible importance mais toujours plus fréquents seraient des réactions à des événements sismiques majeurs lointains (au Chili en 2010, au Japon en 2011). Ils pourraient indiquer que « la pression augmente de manière dangereuse sur les failles souterraines et qu’un séisme plus important pourrait bientôt se produire ».
D’autres scientifiques lient cette activité sismique directement à l’injection de fluides dans les sous-sols. Le fait est reconnu depuis plus de 50 ans.
Si ces événements sismiques restent pour le moment de faible amplitude, ils sont susceptibles de créer ou de développer des failles et donc d’ouvrir des voies nouvelles à la circulation des fluides vers les nappes phréatiques.
Pour en savoir plus, lire un article de Michel de Pracontal (2013) ainsi que le point 9 du document de Marc Durand cité plus haut.

En 2016, la presse s'est fait l'écho de plusieurs événements sismiques remarquables (magnitude de plus de 5) dans l'Oklahoma ainsi que de la multiiplication importante de tremblements de terre de magnitude 3 ou plus depuis le début de l'exploitation des hydrocarbures  par fracturation hydraulique : 2 en moyenne entre 1975 et 2008, 20 en 2009 et 585 en 2014. Le Figaro, 9 septembre 2016.


Occupation du sol et impact sur le paysage

Aux Etats-Unis, d’immenses territoires sont désormais saccagés, mités, salis, sans aucun respect pour les zones habitées. Une vidéo expose une série de photos aériennes dans le Barnett Shale au Texas : en les regardant, indépendamment de la désolation visuelle qu’elles multiplient à l’infini, on comprend aussi pourquoi dans cette région il y a toujours plus de cancers alors que dans le reste du Texas on observe une diminution du nombre des cancers…
Grâce à GoogleMap, chacun peut aller se promener… par exemple à l'Ouest de Cleburne, dans le Comté de Johnson au Texas.
En Europe une telle invasion est impossible, l’environnement est mieux protégé par les législations et la densité de la population beaucoup plus grande. La possibilité de regrouper les puits en cluster permet de diminuer le nombre des plateformes de forage, par contre les nuisances y sont prolongées et la population n’est jamais loin !


Arguments idéologiques et politiques

L’exploitation du gaz de schiste encourage l’utilisation de ce type d’énergie et retarde les investissements et les recherches dans les énergies renouvelables. Aux Etats-Unis, le boom du gaz de schiste depuis 2005 a entraîné une diminution des investissements dans le renouvelable de 50%. Après en avoir douté ou en avoir ri, l’humanité s’est maintenant habituée à l’idée du réchauffement climatique et peine à remettre en question son niveau de vie ou son désir de le développer. Il faut pourtant résolument et dès maintenant développer de nouveaux comportements (sobriété), de nouvelles exigences (efficacité énergétique) et de nouvelles énergies (les renouvelables) afin de minimiser les conséquences extrêmement graves du réchauffement climatique.

Les risques réels environnementaux liés à l’exploitation du gaz du schiste doivent par ailleurs être pris en compte. Le principe de précaution doit être respecté. Une véritable évaluation de l’ensemble des dommages engendrés (beaucoup sont encore dissimulés et niés, beaucoup ne seront connus que dans quelques années) par l’utilisation effrénée de la fracturation hydraulique aux USA, doit être réalisée. Il faut « arrêter le massacre ».  Le « courage » et la passion de l’aventure prônés par les pro-gaz de schiste sont proprement suicidaires ou assassins.