Les compagnies petro-gazières savent défendre leur activité et se trouver des alliés

Quelles sont leurs arguments ?

• Arguments écononomiques
• Arguments environnementaux
• Arguments politiques

Voici quelques sites et documents en français qui permettent de connaître les arguments des compagnies petro-gazières et de juger de leur communication :

• rapport « Hydrocarbures de roche mère » de lIFPEN, 2013.
• rapport OPECST réalisé en 2013 par deux parlementaires français(c’est un plaidoyer pour la fracturation hydraulique alors qu’il était censé présenter les techniques de fracturation alternatives…).
• le site de Total, un dossier sur l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels
• le site des gaz non conventionnels en Europe par ExxonMobil.

Il est bon de savoir aussi que le gouvernement des Etats-Unis a créé un Bureau des ressources énergétiques (85 personnes) pour vendre à l'étranger les compétences technologiques acquises grâce à la multiplication des forages non-conventionnels sur son territoire (depuis 2005, environ 70'00 forages par an...). Lire l'Hebdo du 28 août 2014 en page 14.


Les arguments économiques

C’est évidemment sur ce plan que les compagnies gazières sont très convaincantes. Les réserves estimées considérables d’hydrocarbures de roche-mère pourraient permettre de répondre à une demande en énergie grandissante sans la rendre plus coûteuse. Elles assureront aux pays qui les abritent une indépendance énergétique (ainsi la Pologne serait très soulagée de se libérer de sa dépendance vis-à-vis de la Russie), des revenus conséquents par la fiscalité, la création d’emplois directs et indirects diversifiés et le développement de nouvelles industries bénéficiant de cette nouvelle énergie.

Aux particuliers comme aux entreprises, les compagnies petro-gazières promettent une baisse du prix du gaz, comme c’est actuellement le cas aux Etats-Unis. Par contre, ils ne peuvent pas, comme aux Etats-Unis, intéresser directement les propriétaires des terrains. Ils peuvent seulement leur faire miroiter une probable baisse d’impôt ou au pire une stabilisation de l’impôt (visionner la video présentée par Celtique à l’accueil de son site neuchâtelois). D’ailleurs à ce propos, le rapport OPECST propose au parlement français de relancer les forages et de verser des indemnités aux personnes qui,  vivant à proximité, doivent en supporter durant l’exploitation les nuisances sonores et l’occupation temporaire des terrains…


Les arguments environnementaux

gaznaturel.jpgUn gaz "vert" !

Le gaz de schiste est du gaz naturel, celui-ci étant couramment considéré comme une énergie fossile « propre ». Les compagnies petro-gazières valorisent donc l’exploitation du gaz de schiste comme une bonne solution pour les pays souhaitant abandonner le nucléaire et contrôler leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). L’augmentation de l’utilisation du gaz naturel en remplacement des autres énergies devrait permettre de réduire la production de GES.
Le gaz naturel, dans la mesure où son exploitation peut donner lieu à de substantiels revenus aux pays qui détiennent les gisements, pourrait leur permettre d’investir dans les technologies renouvelables !

L’exploration frénétique et aventureuse des gaz et huile de schiste aux Etats-Unis a accumulé cependant un capital de mauvaise respectabilité environnementale. L’industrie gazière a réagi au film « Gasland » en finançant le film « Truthland » censé rétablir la « vérité ». En Europe les compagnies gazières doivent tenir comptes de réglementations environnementales beaucoup plus exigeantes qu’aux USA et développent une communication adaptée. Leurs sites web sont soignés, accueillants et mettent beaucoup l’accent sur leur respect pour l’environnement, pour la population et pour les règlements et  la législation propres à chaque pays.


Une technologie contrôlée et fiable

Les compagnies petro-gazières reconnaissent l’existence de pollutions par le méthane ou par les fluides de fracturation aux USA, mais elles auraient été provoquées par des incidents de surface, par de mauvaises manipulations, des erreurs ou mêmes de réelles négligences qui seraient le fait de petites compagnies peu scrupuleuses :
• défaut de cimentation des puits et donc de leur étanchéité,
• réutilisation d’anciens puits défectueux,
• déversement volontaire des fluides de fracturation dans d’anciens puits peu profonds,
• déversement accidentel des fluides stockés dans les bassins de décantation.

Elles assurent que si le chantier est convenablement mené, la remontée de fluides ou de gaz depuis la zone de fracturation (très profonde) jusqu’à la zone aquifère est impossible, voire absurde. Elles considèrent qu’il n’existe aucun cas avéré de  pollution des nappes phréatiques directement lié à la fracturation hydraulique.
Les remontées de méthane dans les puits d’eau potable observées dans certaines régions des USA (l’eau du robinet qui s’enflamme) sont des remontées naturelles de méthane « biogénique » et existaient avant l’exploration du gaz de schiste.

L’ensemble du processus de forage, de fracturation et d’exploitation est désormais parfaitement contrôlé : la protection du sol sous la plateforme de forage, la qualité du tubage utilisé, la cimentation du puits assurant son isolation lors de la traversée des couches aquifères, les fracturations dont on peut suivre précisément le  développement par des procédés sismologiques, la récupération des fluides de forages et de fracturation, leur traitement et leur recyclage. Ce sont des techniques utilisées maintenant de longue date, « elles sont éprouvées et complètement maîtrisées ». Elles sont amenées à s’améliorer encore.

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 Source : Total.com  Source : IFPEN



Une consommation d’eau dont l’importance est toute relative

On n’utilise de l’eau qu’au moment de la fracturation. La fracturation d’un puits utilise 10'000 à 20'000 m3 d’eau, ce qui correspond à 12 jours d’arrosage d’un golf ! Selon la région, cette quantité d’eau peut cependant poser problème. Les compagnies étudient les moyens de réduire cet impact que ce soit en utilisant des eaux saumâtres présentes dans les aquifères profonds, soit en traitant l’eau récupérée d’une première fracturation et en la réutilisant pour les suivantes.


Des additifs chimiques extrêmement dilués et de consommation courante

Ils ne représentent que 0,5 à 0,15 % du volume total du fluide de fracturation. Ce sont des produits courants que l’on trouve dans les produits ménagers ou alimentaires.

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  Source : energyfromschale.org


Les compagnies étudient le moyen de n’utiliser que des produits agroalimentaires. Ainsi Halliburton a développé une recette intégralement composée de produits issus de l’industrie alimentaire, le « Clean stim ». Il est cependant plus coûteux que les méthodes traditionnelles.

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"Cleanstim", source : Halliburton Mur anti-bruit, source : Chesapeake Energy



Les nuisances sonores et lumineuses sont limitées dans le temps

Les avancées technologiques de ces dernières années ont permis de beaucoup réduire le temps nécessaire au forage et à la fracturation. C’est seulement pendant cette période qu’il y a une véritable activité sur la plateforme. Selon Total, ces nuisances « ne durent que quelques jours ». En zone urbaine, l’installation de murs anti-bruit « permet de remédier à ce problème ».


Des risques sismiques de faible amplitude dans certaines régions

Les fracturations engendrent des secousses infimes non détectables. Des phénomènes sismiques plus importants peuvent être générés lorsque la fracturation est réalisée à proximité de failles préexistantes proches de la rupture. Une bonne connaissance du sous-sol et du réseau de failles est donc requise préalablement.


L’occupation du sol et l’impact sur le paysage très réduits

Il faut compter environ 1ha pour l’installation de la zone de forage. Afin d’éviter la multiplication ce cet impact au sol, on procède au forage de plusieurs puits depuis la même plateforme (10-15 à 30 selon les sources). Après les fracturations, le derrick (30 à 35 m) est démonté. En phase de production, il ne reste plus que les têtes de puits (env. 1.80 m)

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Site de St Barnabé CA, source : La Presse Site en phase de production, source : Statoil Pressgallery


Arguments idéologiques et politiques

Ils sont plutôt le fait des personnalités politiques qui sont acquises à l’idée que l’on ne peut pas  renoncer à profiter dès maintenant de ces réserves d’hydrocarbures.
Elles invitent chacun à faire confiance dans le progrès et à croire à l’amélioration continue des techniques : il faut faire preuve de courage, d’audace, d’inventivité, le risque fait partie de la vie, le principe de précaution ne doit pas empêcher le développement scientifique. La peur et l’obscurantisme ne peuvent qu’entrainer le déclin économique, la perte des savoir-faire, la disparition de l’industrie, la baisse du niveau de vie.