Historique des ressources en hydrocarbures en Suisse

 

L’histoire des hydrocarbures commence déjà avec la préhistoire. Dès le Néolithique, les bitumes ont été utilisés comme imperméabilisant ainsi que comme mastic dans la construction des bâtiments puis des navires mais aussi comme lubrifiant. Leur usage médicinal a été aussi très important. En Europe leur extraction est restée relativement rare et compliquée jusqu’au XVIIIe siècle : à cette époque certains gisements ont permis le début d’une exploitation industrielle. Au Val-de-Travers, l’histoire des mines d’asphalte a commencé en 1711 pour s’achever en 1986 ; ce fut une entreprise florissante jusqu’au moment où les bitumes artificiels se sont révélés plus rentables.

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Mines d'asphalte au Val-de-Travers

Dans le canton de Vaud, des gisements d’asphalte ont été mis en évidence mais se sont révélés infiniment moins riches et exploitables. Ces observations ont été complétées par celles de divers suintements pétrolifères ou émanations gazeuses sur tout le plateau suisse et au pied du Jura. L’histoire géologique de la région confirme la possibilité de présence d’hydrocarbures à différents niveaux dans notre sous-sol.

 La recherche proprement dite de pétrole a véritablement commencé au XXe siècle après que les progrès technologiques du raffinage aient permis la diversification et la multiplication des usages des différents composants de cet hydrocarbure rebaptisé « or noir » (Au XIXe siècle le pétrole a été essentiellement utilisé pour l’éclairage, mais l’apparition de l’électricité rend obsolètes les lampes à pétrole). Les deux guerres mondiales, puis les grandes crises pétrolières, mettant en évidence la dépendance énergétique de la Suisse, ont chaque fois relancé la recherche d’hydrocarbures sur le plateau suisse.

 Jusque dans les années 30, ce sont des sourciers qui recherchent les « lacs souterrains de pétrole » et c’est sur leurs indications que sont réalisés plusieurs forages, parmi lesquels les deux premiers à Chavornay en 1912 (profonds d’un peu plus de 200m).

Les avis des sourciers seront peu à peu remplacés par des analyses sismiques. Les résultats ne seront pourtant pas beaucoup plus encourageants.

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Jusque dans les années 90 près de 40 forages ont été effectués sur le plateau suisse et dans le Jura, pour la plupart sans aucun résultat ou avec la détection « d’indices » ou de « traces » de gaz ou de pétrole à différentes profondeurs.

Quelques exceptions cependant :

- en 1962 à Essertines 160 barils (env. 25'500 litres) de pétrole « d’excellente qualité » ont été extraits… et un peu de gaz… mais c’est tout !

- en 1963 à Pfaffnau (LU), on trouve du gaz mais en quantité insuffisante pour l’exploiter : 300'000 m3 sont torchés, brûlés … pour rien !

- en 1979 à FinsterWald (LU) du gaz est découvert, il est exploité de 1985 à 1994 (74 mio de m3) mais le résultat financier se solde par une perte de 27 mio CHF !

 

C’est reconnaissons-le des résultats bien décourageants, mais on ne va pas renoncer pour autant. En effet, en Allemagne où l’on retrouve le même type de structure géologique on a creusé trois fois plus et on a obtenu des résultats : il faut donc creuser encore… plus ça rate, plus on a de chances que ça marche !

 Ce sont essentiellement des sociétés suisses qui ont détenu des concessions ou qui ont procédé à l’ensemble des recherches sismiques et des forages réalisés sur le territoire national, mais dans la plupart des cas c’est avec l’appui de fonds et l’utilisation de matériels étrangers.

Après la seconde guerre mondiale, la Berne fédérale s’est beaucoup inquiétée (sans succès) d’obtenir de tous les cantons l’assurance qu’ils n’accordent de concession qu’à des sociétés helvétiques. Pour défendre les intérêts suisses la Swisspetrol Holding est créée en 1959 et acquiert des participations dans les différentes compagnies régionales. La Confédération lui octroie une aide de 10 millions en 1982.

En 1991, les dépenses engagées par Swisspetrol sont de 314 mio de francs, montant pour les 2/3 à la charge de partenaires étrangers. Essouflée par la répétition des échecs de l’exploration, la Swisspetrol est liquidée en 1994.

 

Toutes ces recherches effectuées depuis le début du XXe siècle confirment que le sous-sol helvétique recèle plusieurs niveaux géologiques susceptibles d’abriter des roches-mères d’hydrocarbures. Ces hydrocarbures qui sont naturellement appelés à migrer vers la surface, peuvent être :

1. piégés dans des roches-mères imperméables (gaz de schiste)

2. piégés dans des roches réservoir devenues imperméables au cours des temps géologiques (tight gas ou gaz de roche compacte ou encore gaz serré)

3. piégés dans une roche perméable et sous une structure relativement imperméable (gaz conventionnel)

4. ou épars dans l’ensemble des roches (en densité insuffisante pour être exploités) et/ou déjà évaporés (migration réalisée au cours des millénaires).

 Il semble qu’il faille renoncer à la troisième éventualité. Patrick Lahusen de la SEAG l’avait d’ailleurs clairement exprimé dans la presse en 2013 : les ressources gazières helvétiques pourront être exploitées grâce aux « nouvelles technologies » (soit le fracking et les forages horizontaux). Le gisement de tight gas mis en évidence sous le lac Léman en 2010 par Petrosvibri confirme de tels propos.

Liste des forages (hydrocabures) réalisés en Suisse depuis 1912 : situation au 28/04/2015.
Sources : Geocad-Vaud, et références relevées plus bas dans cette page. 
 

Et maintenant ?

Diminuer la dépendance énergétique de la Suisse reste un souci d’actualité pour nos autorités. Mais le réchauffement climatique impose maintenant l’abandon des énergies fossiles et le développement des énergies renouvelables.

 La plupart des cantons ont manifesté depuis 2011 leur opposition à l’extraction du gaz de schiste (et de façon moins claire au hydrocarbures non-conventionnels) même si ce n’est pas inscrit encore dans les différentes lois cantonales.

Par contre la technique de facturation hydraulique (fracking) nécessaire à l’extraction du gaz de schiste et source des impacts néfastes pour l’environnement semble passer la rampe. Cette technique est indispensable en géothermie petrothermale et pour l’exploitation du tight gas : géologues (CFG), gaziers et promoteurs en géothermie affirment d’une même voix qu’en Suisse, maintenant, « on peut fracker propre ». Aucune évolution technologique récente véritablement expérimentée et contrôlée ne leur permet pourtant cette assurance.

 

ConcessionsCH-avril2012.jpg Exploitants-Suisse-romande.jpg

Source : Seag-erdgas.ch
Concessions et forages en suisse , avril 2013
Cliquer sur la carte pour ouvrir un document pdf avec une meilleure résolution

Concessions en Suisse occidentale.
Source : Bilan mai 2013

 

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 Ressources en gaz non-conventionnels Plateau Suisse -
source : réponse du Conseil d'Etat vaudois du 18 mars 2014 int. O. Epars

 

L’histoire des hydrocarbures en Suisse s’est accélérée en 2014 :

- Le Grand Conseil neuchâtelois, ayant pris conscience des risques liés aux forages en région karstique, a voté un moratoire de 10 ans sur tout forage d’hydrocarbures. Le projet de forage à Noiraigue, présenté par Celtique Energie, est donc abandonné.

- Le consortium PEOS-SEAG (désormais E-Corp-Suisse/SEAG) annonce dans le courant de l’été un projet de 5 forages exploratoires pour du gaz conventionnel sur le plateau suisse (Berne et Vaud)

- Le Conseil d’Etat vaudois autorise Petrosvribri à prolonger ses études dans le puits foré en 2010 à Noville. Il convient ainsi que l’on peut faire du « fracking propre » sous le lac Léman. Parallèlement il ne s’oppose pas à priori aux projets dans le Gros-de-Vaud dont les promoteurs sont invités à préparer leur rapport d’impact.

 

En mars 2015, un collectif d’opposition aux forages dans le canton de Vaud se constitue. Il se donne comme objectif d’informer l’ensemble de la population et des élus sur les impacts probables des projets en cours et lance une pétition adressée au Grand Conseil vaudois pour qu’il interdise la prospection et l’exploitation des hydrocarbures dans le canton.

Le 29 septembre 2015, 14'475 signatures sont remises au Grand Conseil vaudois.

 

Pour développer et approfondir le thème :

Marc Weidmannn, Histoire de la prospection et de l’exploitation des hydrocarbures en Pays vaudois, Bulletin de la Société Vaudoise des Sciences Naturelles, 1990-91.

 Juin 1982, Message relatif à une aide fédérale à la SA Swisspetrol holding pour la continuation de la prospection pétrolière et gazière en Suisse

Août 1992, Message sur la prorogation du crédit d’engagement pour l’octroi d’une aide financière à la SA Swisspetrol Holding en vue de la continuation de la prospection d’hydrocarbures en Suisse.

 

Quelques articles de presse donnant une idée de l'ambiance de l'époque :

25 mai 2008

Le Messager : "Quand le pétrole de Servion jaillit du fond des mémoires"
 

14 mai 2001

24 Heures : "Treycovagnes - Inauguration de la place du Pétrole : quand le village rêvait d'or noir"
 

22 février 1963

L'Impartial : "Essertines : des efforts partiellement récompensés". Cet article comporte une interview du Colonel divisionnaire Edouard Petitpierre de la Société des Hydrocarbures, qui comme Philippe Petitpierre en 2010, a eu de gros problèmes de coinçage de trépan!
 

14 juillet 1961

L'Impartial : "Va-t-on abandonner les recherches de pétrole en Suisse?"


3 août 1960

Feuille d'Avis de Neuchâtel : "La prospection pétrolière est en pleine relance"

 

Mont_Risoux.jpg Essertines.jpg 
C'est le Far West en Suisse dans les années soixante ! L'histoire du forage dans le Mont Risoux dans le Jura vaudois à la frontière française.  A Essertines on a aussi foré dans les années soixante, on y a trouvé du pétrole de qualité mais en quantité limitée. Les archives de la TSR nous permettent de visionner un reportage réalisé pendant le forage...